Vincent Barré - Colonnes jumelles, 2008

Composée de modules boulonnés entre eux, les sculptures jumelles de Vincent Barré dressent leur masse de fonte de fer dans une dynamique qu’accusent les pointes tournées vers l’extérieur de chacun des éléments qui en rythment l’ascension. Des formes simples, un matériau brut, l’aperçu des gestes du travail, les sculptures de l’artiste entretiennent au corps une relation privilégiée. Minimales et puissantes, à échelle humaine, elles dialoguent dans le vaste espace compris entre la cathédrale Notre-Dame millénaire et l’ancien palais épiscopal, aujourd’hui musée d’art et d’histoire, comme si elles avaient toujours été là.

Interview

En quelques mots, quel a été votre parcours artistique ?  

Après une formation d’architecte et l’exercice de l’architecture pendant 8 ans, je deviens sculpteur. 

D’abord avec des assemblages, puis de l’acier découpé, enfin de la fonte de fer et fonte d’aluminium. 

 

À quelles sources puisez-vous pour nourrir votre imaginaire ?  

Je regarde beaucoup les oeuvres du passé, l’architecture, les objets, la sculpture. 

J’aime les périodes de naissance de l’art, l’archaïsme – L’art Magdalénien, l’Egypte, Grèce, Mésopotamie et le début de l’art Moderne – Picasso, Matisse, Brancusi.  

Ce sont des oeuvres abstraites mais qui ont une stature, une « corporeité » qui les rapprochent de l’humain.  

 

Comment définiriez-vous votre démarche artistique ?  

Une recherche de clarté, de monumentalité par la simplicité des formes. Des matériaux bruts pour lesquels les gestes du travail sont perceptibles. Pour ces colonnes, les stries de la découpe du modèle polystyrène au fil chaud, les collages, les repentirs, et même les scotch d’assemblage. La fonte donne une surface très fidèle à l’original que les fondeurs appellent « la peau ».  

 

Qu’est‑ce qui a motivé votre choix d’emplacement à Évreux, et comment ce contexte urbain participe‑t‑il au sens de votre œuvre ?  

J’aime montrer mes sculptures dans l’architecture plutôt que dans les paysages.  

Ici, un grand espace vide, encadré d’architectures magnifiques qui lui confèrent une échelle juste. 

Un dialogue avec la ville et son histoire. Que ces colonnes semblent avoir toujours été là, avec urbanité. 

 

Quel regard espérez-vous susciter chez la personne qui découvre votre travail ?  

L’envie de toucher, de caresser la surface pour en éprouver la sensation – sa masse, son poids, sa douceur. 

Une fois passé l’étonnement, donner un temps pour la sensation, un silence intérieur.  

 

Un projet ou un rêve artistique que vous aimeriez partager ?  

Un art au service de la paix. 

 

L'artiste:


Né en 1948 à Vierzon, Vincent Barré est sculpteur et réalisateur. Formé en architecture en France et aux États-Unis, il exerce cette discipline jusqu’en 1982 avant de se consacrer entièrement à la sculpture. Son œuvre, marquée par des formes épurées et monumentales, est présente dans l’espace public et les musées, en France et à l’étranger. Il réalise également des films, souvent en collaboration avec Pierre Creton, et enseigne aux Beaux-Arts de Paris où il fut chef d’atelier de 1995 à 2011. Son travail allie rigueur architecturale, sens du matériau et engagement artistique.