Michel Natier - La Porte intérieure, 2025

Entre tradition et modernité, l’art de Michel Natier est requis par une réflexion sur l’être dans toute une série de sculptures polychromes qui mettent jeu la figure humaine. Réalisées selon la technique de la taille directe, celles-ci sont extraites de la masse même de troncs d’arbres comme si elles en surgissaient. Génériques, voire symboliques, elles se font parfois dos à dos, comme dans cette Porte intérieure où elles paraissent contenues à l’instar des figures historiées d’un chapiteau du temps passé. Quelque chose d’un silence y est à l’œuvre qui leur confère un certain mystère.

Interview

En quelques mots, quel a été votre parcours artistique ? 

Après avoir suivi l’atelier de sculpture d’Étienne Martin à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris j’ai poursuivi ma formation artistique à l’Université de Paris VIII puis à l’École nationale supérieure d’architecture de Normandie. 

Je développe une production personnelle depuis la fin des années 80 et ai participé à différentes expositions et manifestations comme à Evreux pendant le festival de musique contemporaine, à Louviers, ou encore à Paris au Salon de Montrouge, au Centre national d’art plastique ou à la Chapelle de la Salpétrière. 

Tout en continuant ce travail, j’ai occupé pendant une vingtaine d’années le poste de directeur au musée de Louviers. Ce passage à la tête de cette institution m’a permis de m’approcher au plus près de la création contemporaine tout en approfondissant mes connaissances en histoire de l’art. Depuis maintenant quelques années j’ai repris à plein-temps mon travail d’artiste, une première exposition personnelle de mes travaux de peinture s’est tenue en Isère, au Domaine de Dony en 2025 et plusieurs autres projets sont en cours.

À quelles sources puisez-vous pour nourrir votre imaginaire ?

Je partage mon temps entre la sculpture, la peinture et le dessin. Entouré d’arbres, baigné par la lumière de la Seine, ma démarche est nourrie par cette immersion dans la nature. L’attachement à l’environnement est un sentiment qui habite mes pensées depuis l’enfance. Mon univers est façonné par les longues promenades dans les forêts ou au bord de la mer, récoltant ici et là des feuilles, des débris échoués dans la laisse de mer, dessinant ou photographiant les arbres, les paysages ou les gens. 

Comment définiriez-vous votre démarche artistique ? 

Que ce soit en peinture ou en sculpture, il ne s’agit pas dans mon travail de représenter le monde tel qu’il est, mais de convoquer un peu de sa matérialité à travers le prisme de mes émotions. Un arbre tombé, des graminées, un morceau de ferraille, le souvenir d’un visage, d’une parole, tout comme mes photos sont à la racine de chaque œuvre. 

Pour commencer une pièce il me faut puiser dans mon stock d’éléments recueillis, mais aussi d’images mentales, de souvenirs proches ou lointains et toujours me poser la question de l’art.

 

Qu’est-ce qui a motivé votre choix d’emplacement à Évreux, et comment ce contexte urbain participe-t-il au sens de votre œuvre ?

Une porte, comme un livre ouvert sur le monde intérieur, ce monde qui habite en silence notre conscience. 

Le choix de présenter une œuvre dans la médiathèque s’est imposé par la nécessité d’exposer cette sculpture à l’abri des intempéries et pour profiter de ce bel écrin que nous devons à Paul Chemetov, immense architecte et urbaniste. C’est une œuvre qui implique que l’on puisse en faire le tour. C’est à la fois une porte et une fenêtre sur le monde intérieur. Le public qui fréquente ce lieu pourra ainsi la découvrir tout de suite en entrant dans ce hall baigné de lumière.

Quel regard espérez-vous susciter chez la personne qui découvre votre travail ?

En découvrant ce travail je pense que le public sera amené à interroger sa propre histoire. Des silhouettes d’adultes et d’enfants sont mises en scènes renvoyant aux secrets et à la complexité des rapports humains, aux joies comme aux douleurs. Je pense qu’avec cette porte sculptée, comme avec un livre, un univers se met en résonnance avec notre propre univers.

Un projet ou un rêve artistique que vous aimeriez partager ?

Mon rêve, ce n’est pas d’aller sur Mars ou sur la Lune, ni de prendre l’avion pour me gaver de souvenirs fugaces, ou de consommer du « tour opérateur » pour calmer mes frayeurs existentielles, non, mon rêve c’est de pouvoir partager mon monde avec le monde comme dans cette exposition à Evreux et de continuer à travailler. 

L'artiste:


Né en 1956, Michel Natier vit et travaille à Herqueville dans l’Eure. Ancien directeur du musée de Louviers, il se consacre aujourd’hui pleinement à la peinture et à la sculpture. Son œuvre, profondément liée à la nature, explore l’énergie du vivant à travers des formes abstraites et figuratives.